Livres : Dans le jardin de l’ogre et Chanson douce de Leïla Slimani

Un nouveau billet livre! Une nouvelle analyse « personnelo-subjective-n’engageant que moi » mais que je vous partage pour échanger dessus !

Comme beaucoup d’entre nous, je découvre Leïla Slimani lorsqu’elle reçoit le prix Goncourt en 2016 pour son roman « Chanson Douce ». Mes lectures ne se basent pas forcément (rarement) sur les livres primés, je vais aux gré de mes envies et des recommandations de mon entourage. Un titre, une couverture, une 4e de couverture et hop. Mes lectures sont souvent le fruit du hasard, de la même façon que mes visionnages de films pour lesquels je regarde rarement les bande-annonces. J’aime me laisser surprendre.

Seulement dans « Chanson Douce » on savait tous le sujet de son livre. Un sujet choc. Je ne l’achète pas et ne me presse pas pour le lire alors que tout le monde se le voit offrir ou pose la question  » Tu as lu Chanson Douce ? ».

En 2018 j’achète son premier roman, sorti 4 ans plus tôt, « Dans le jardin de l’ogre », que je le lis en deux jours. Il me bouleverse pour bien des raisons et notamment le rapport à la vulnérabilité via le prisme du couple et de la parentalité, que cela soit dans les relations intergénérationnelles mais aussi la transmission (le thème en filigrane du trauma en particulier, sujet dont on parle de plus en plus. Des séries comme The Affair ou Watchmen aborde par différentes entrées l’Épigénétique ). Dans ce roman, ce n’est pas vraiment ça mais on peut le deviner. Il s’agit plus un bouillonnement interne du personnage, du jeu du paraître, d’une pulsion de vie, d’envies…j’ai pensé EROS et THANATOS. Ce livre m’a particulièrement bouleversé. J’ai l’impression que j’aime mieux les premiers romans.

En 2019 j’emprunte à la bibliothèque Chanson Douce et le lit rapidement aussi. En 2020, je regarde le film. Le livre ne m’a pas tant marqué que ça. Peut-être parce qu’il y a eu trop de babillages autour. Le film au contraire m’a captée notamment grâce au jeu des actrices Leïla Bekhti et Karine Viard, cependant et même si j’ai trouvé que « le basculement » du personnage de Louise est plus palpable, j’ai eu l’impression que c’était trop linéaire et collé au livre.

Je n’en ai pas moins fini nauséeuse.

Mais ce qui me pose question et fait que j’écris ce billet, ce sont les personnages d’Adèle, dans le premier roman et Myriam, dans le second. Deux femmes heureuses mais pour qui la parentalité exacerbe un rapport particulier au contrôle. Une forme d’opposition entre ce que devrait être une mère et ce que ressent une mère. Des mères aimantes et à l’écoute mais sur qui repose le poids d’une culpabilité que l’on pourrait définir comme originelle, attachée à l’essence même de TOUTES les femmes; celle sur laquelle s’est construite notre société patriarcale. On le ressent également chez Louise qui souhaite contrôler sa nouvelle vie mais perd le contrôle. Encore.

Un sentiment que certaines vont taire et que d’autres vont avoir du mal à assumer car elles ont tout pour être heureuses, et que cela constituera limite un péché aux yeux des autres, de vouloir exister et s’accomplir en tant que personne et non pas que mère. Oui parce que les générations précédentes ont su tout sacrifier sans broncher donc pourquoi pas elles ? Alors elles vivent un repli sur soi et une solitude profonde qui semble les consumer à petit feu. Adèle, Louise et Myriam cherchent à se raccrocher à la vie, à ressentir, à se sentir exister : en prenant de la distance avec le cocon familiale pour les unes et la volonté de s’en recréer un pour l’autre.

Ce que je trouve intéressant ces derniers temps, c’est la façon dont la parole se libère, autour du post-partum, de la maternité, de la sexualité. Comme les expériences que l’on croit hors normes se croisent pour lever les tabous et œuvrer en faveur de la déculpabilisation des femmes.

J’ai commencé la rédaction de ce billet et quelques temps après sur Twitter, @eve_piper parle d’un livre concernant « Le regret d’être mère » (« Le regret d’être mère » de Orna Donath) qui est beaucoup commenté. De nombreux tweets pour parler de ce sujet et différencier le fait d’aimer ses enfants et d’aimer être mère. De ne pas minimiser ce chamboulement qui peut être brutal et pas assez mis en avant par les générations précédentes plutôt promotrices de la poursuite du schéma familiale classique . La question se pose aussi avec des amis afin de démêler ce qui tient réellement de l’envie de parentalité ou si il s’agit d’injonctions de la société que l’on aurait si bien intégrés. Ou si ce n’est pas un peu des deux. Je vais lire ce livre mais je peux déjà apporter mon point de vu personnel :

J’ai ressenti le regret quelques fois et je le ressens encore parfois mais dans les cas où quand j’ai eu ou quand j’ai encore peur pour elle ; déjà enceinte j’avais peur du pire. J’ai eu des regrets quand je manquais de sommeil. J’ai eu des regrets quand j’ai eu l’impression de TOUT mal faire. (J’en parle ici). J’aurais aimé faire une thérapie avant, ça aurait surement fait baisser la jauge de stress. Mais je n’en avais pas les moyens. Dernièrement en parlant de mon désir de ne plus vouloir d’enfant on m’a dit que dans cette démarche de « stérilisation » il est obligatoire de consulter un psy : il devrait en être de même avant d’avoir un enfant, que ce soit programmé ou non.

Tout cela pour dire que c’est toujours agréable de lire des histoires de femmes par des femmes et d’aborder donc de véritables sujets qui questionnent notre place dans cette société en mouvement. Alors même si ces derniers temps Leïla Slimani n’a pas brillé par ses interventions médiatiques, concernant le port du voile ou son texte lunaire sur le confinement, je pense que ses livres et ce qu’elle entreprend par d’une intention féministe et libératrice. D’ailleurs j’ai lu aujourd’hui même, son roman graphique illustré par Laetitia Coryn, « Paroles d’honneur », qui aborde le thème de la sexualité des femmes au Maroc et de la façon dont cette dernière est politisée et contrôlée. On y apprend beaucoup de choses terribles mais voilà, je pense qu’il faut rester prudent, lorsqu’on souhaite dénoncer certaines choses, de ne pas de l’autre côté donner de quoi stigmatiser et invisibiliser tout un pan de la population dont les femmes (in this Eric Zemmour area ?gurl, please) .

Et vous avez vous lu Leïla Slimani ?

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