De vous à moi n° 3 : A bitch is 30

Dans la série, (que je vous recommande fortement) « Atypical », Sam, jeune lycéen de 18 ans, autiste et fasciné par les animaux polaires, explique dans l’épisode de la saison 2 « Ritual-licious » que les humains sont les seuls mammifères à fêter leur anniversaire ; les autres ont plutôt des « paliers », marquant un passage d’un statut à l’autre au sein du groupe.

Mon rapport aux anniversaires a évolué depuis ma tendre enfance où nous le célébrions avec tout le voisinage de notre petite cité, le 31 décembre. Je n’avais pas de cadeau mais je garde aujourd’hui encore de magnifiques souvenirs de festivités bien animées. Puis à partir de mon adolescence, des sorties organisées avec mes amies où nous rions aux éclats et agacions toutes les personnes que nous croisions. Que c’était bon. Pendant ma vingtaine, restau et fiesta ! Et pour les 30 un mélange de tout ça : famille et amis réunis pour fêter ensemble mon anniversaire durant le nouvel an.

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Ouais on danse comme ça dans ma famille

Et oui, une nouvelle dizaine, un nouveau cap, un nouveau statut et une question

Suis-je vieille ?

SPOILER : NON !

Bien entendu je sens le décalage avec les personnes qui sont dans le début de leur vingtaine et je m’amuse à leur lancer des « respecter vos aîné.e.s» ! Je ne me sens pas vieille, à vrai dire, je me sens juste à ma place.

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Alors bien entendu, les lendemains de soirées sont beaucoup plus durs qu’il y’a dix ans, et qu’il est loin le temps où l’on faisait la fête du mardi au dimanche, tout en allant en cours, au taf et en stage ! Alors que maintenant après un apéro en semaine, le lendemain on est au bord de la syncope au boulot…

L’avantage c’est de comprendre que ça va être une dizaine sous le signe de l’auto- balancement et de l’équilibre. Et j’espère que celles qui suivent le seront aussi.

Parfois on entend parler de crises des âges, et ce depuis le plus jeune âge : crise de croissance des 3 semaines, celui des 3 mois, le « terrible two », la préadolescence, l’adolescence, la vingtaine, la trentaine etc…bref vous avez compris…on est tout le temps en crise !

Ce qui me rend terriblement mal à l’aise dans ce terme qui nous accompagne donc toute notre vie c’est que cela sous-entend, que lorsque nous ne sommes pas « discipliné.e.s » nous sommes forcément hors de nous, et donc en crise. Mais selon quel point d’espèce de normativité ?

Il y’a quelque chose dans l’âge qui nous renvoie une image de nous-même qu’on ne souhaite pas. Une forme interne et externe d’âgisme.

Et me voilà donc à aller à contresens de cette frise sociale, qui m’a toujours dérangée, toujours plus. Avec la sensation de crier sans être entendue, d’être témoin de tant de choses malsaines et de ne rien pouvoir faire ou alors si peu, d’être …épuisée, certains jours et d’avoir une cuisante envie de déplacer des montagnes, d’autres.

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Une chose importante entreprise cette année et que tout le monde devrait pouvoir faire : voir une psychologue et démarrer une thérapie. On en amasse des choses qu’on garde en nous ! Je me suis toujours dit qu’il fallait parfois pouvoir déposer les armes. Que d’en être capable est une bonne chose. Que de ne pas en être capable pour le moment n’est pas grave non plus.

En tant que femme noire c’est une démarche particulière car la thérapie est vue comme quelque chose pour les « faibles » ou « occidentale » pour ne pas dire « un truc de blanc ». Cependant sur les réseaux, médias mais aussi les séries, on voit de plus en plus de personnages voyant des thérapeutes (ex : Nola Darling) et des personnes diagnostiqués (Rebecca Bunch dans Crazy ex-girlfriend). Et sur twitter notamment, l’émergence de la parole de personnes racisées prônant le selfcare et la thérapie comme moyen de gérer les oppressions inhérentes à notre existence.

J’ai été agréablement surprise de voir dans la série sénégalaise « Maitresse d’un homme marié », qui fait des émules en Afrique francophone et dans sa diaspora, des scènes où on voit personnages consulter un psy (Dr MBENGUE) alors que le sujet des maladies mentales est carrément ignoré dans la plupart des familles.

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série disponible sur Youtube avec les sous-titre et gratuite, merci Marodi TV

Ma thérapeute est blanche et je ne lui ai pas vraiment parlé du fait d’être une femme noire dans la société française. Est-ce que je me censure ?

Je ne sais pas mais elle m’a parlé d’une tendance au perfectionnisme et cela m’a tout d’abord étonné, puis je me suis dit que cela faisait sens.

En tant que femme noire nous sommes à majorité élevée ainsi, à savoir : devoir être plus bosseuse, performante, combative, tout en sachant bien se présenter et se faire petite dans la société…

On doit faire au minimum deux fois plus car en cas d’échec la société nous punira dix fois plus et nos parents n’ont pas eu d’autre choix que de nous le marteler…

Ce constat bien que vrai est cependant brutal, générateur de maux bien plus grave qu’on ne peut le penser. Et pour la plupart nous n’avons jamais eu l’occasion de nous réajuster, de prendre le temps de se dire que ce n’est pas si grave de rater et de ne pas être parfait.e. Je suis et c’est déjà bien.

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Alors voilà pour ma trentaine je me souhaite LA PAIX avant tout avec moi-même puis éventuellement avec les autres et d’être assez forte pour ce monde.

Je vous souhaite également la même chose

Coeur sur vous !

Le cheveu crépu sur nos écrans (pour le magazine Beauty radar – n°4- Août 2017)

 

magaz

Films, séries, documentaires, clips, publicités…nous passons beaucoup de temps devant nos écrans, à suivre des programmes avec plus ou moins d’assiduité. Seulement il n’est pas difficile de constater qu’il y’ a très peu de diversité, notamment à la télévision, et donc peu de représentations où tout un chacun pourrait se reconnaître et s’identifier.

Depuis les débuts de la télévision et du cinéma, les minorités sont représentées à coup d’images clichés et la plupart du temps dans des rôles peu flatteurs, afin de souligner l’image du  héros joué par des protagonistes blancs.

Grâce à la multiplication des chaînes et la mise en place de médias par et pour les noirs, une culture télévisuelle noire apparaît, plus spécialement aux États-Unis, avec des programmes comme Soul train, les films de la blaxploitation, les talks et séries grand public auxquels de nombreux afro-américains peuvent s’identifier.

Petit tour d’horizon d’hier à aujourd’hui sur la présence des noirs et du cheveu afro sur nos écrans.

La Blaxploitation

Ces films commerciaux, objets de divertissement destinés aux noirs, apparaissent aux Etats-Unis dans les années 1970 sur fond de lutte pour les droits civiques. Bien que non politisés, les protagonistes de ces films portent pour la plupart fièrement leurs cheveux naturels comme symbole de fierté, de glamour et de pouvoir. Le protagoniste noir n’est plus le criminel, le domestique ou l’homme destiné à mourir mais bel et bien le héro. Alors même s’il n’y a aucune volonté de porter un message politique et que les films sont remplis de stéréotypes alimentant notamment la sexualité des femmes et hommes noirs, les héros sont associés au black power d’Angela Davis et des Black Panthers, car le cheveu crépu est visible.

Oprah Winfrey

Elle est définitivement une des figures les plus importantes de la télévision américaine : engagée pour la communauté afro-américaine et de nombreuses causes porteuses de messages de tolérance, la productrice, actrice et  animatrice TV,   fait partie du mouvement de l’émergence de médias pour les noirs tels que BET. Cependant elle n’était pas souvent apparue avec ses cheveux non lissés avant 2012 où on peut notamment la voire en couverture de son magazine The Oprah Magazine. Cette couverture a suscité de nombreuses réactions sur la véritable nature de ses cheveux…mais beaucoup salueront son geste à encourager chacun à être soi-même.

Good Hair de Chris Rock

Le comédien afro-américain Chris Rock a réalisé un film-documentaire intitulé « Goodhair » qui traite des rapports des afro-américaines avec leurs cheveux. Chris a décidé de mener ce projet lorsque sa fille Lola, âgée de 6 ans, lui a demandé pourquoi elle n’avait pas de beaux cheveux en faisant référence à sa chevelure crépue. Dans ce documentaire il s’entretient avec des célébrités afro-américaines comme Nia Long, Raven Symoné, Meagan Good, qui partagent leur expérience et de nombreuses anecdotes sur leur rapport à leur cheveux naturels ou pas mais aussi avec des vendeurs de cheveux synthétiques et naturels. Ce documentaire très complet est une référence en la matière sur le thème du capillaire.

Viola Davis est une actrice connue pour ses performances cinématographiques marquantes notamment dans « la couleur des sentiments » grâce auxquelles elle a été révélée au plus grand nombre notamment en France. Depuis 2014 elle campe le rôle d’Annalise Keating dans la série Murder produite par Shonda Rhimes (Grey’s Anatomy, Private practise, Scandal …) où on la voit à de nombreuses reprises retirer sa perruque à l’écran. Ce choix a été fait car il montre tout simplement le quotidien de nombreuses femmes. En dehors de ses rôles, l’actrice apparaît très souvent avec ses cheveux naturels lors des cérémonies de remises de prix où elle transmet à chaque fois avec ferveur un message d’amour de soi destiné aux femmes noires.

Il en est de même pour Lupita Nyong’o,  élue en 2014 la plus belle femme du monde, par le magazine américain People. L’actrice mexico-kenyane qui a longtemps souffert de sa couleur de peau, jugée trop foncée est aujourd’hui souvent citée comme ambassadrice de la beauté noire.

En France Inna Modja porte son afro naturellement et sans complexe car depuis petite elle a été entourée de femmes qui ne défrisaient pas leurs cheveux. Aïssa Maïga parle aussi de son amour pour le cheveu afro et de la possibilité de changer de coiffure comme bon nous semble en respectant sa nature. D’ailleurs les deux artistes se livrent sur leurs expériences dans l’ouvrage « Afro » de Rokhaya Diallo, sur leurs expériences de vie capillaire. L’auteur et journaliste a aussi fait le choix de porter ses cheveux naturels. Dans son ouvrage apparaît aussi Christiane Taubira, femme politique française qui a souvent cristallisé les pensées racistes d’une société française et qui porte fièrement et naturellement ses cheveux tressés. Lors de l’édition 2016 de la Natural Hair Academy elle évoque des « freins posés par des préjugés indélogeables » mais invite tout le monde à ne pas basculer d’un côté ou un autre de la méprise.

Le bleu blanc rouge de mes cheveux de Josza Anjembe

Ce court métrage légèrement autobiographique raconte l’histoire d’une jeune fille de 17 ans, d’origine camerounaise, qui se passionne pour l’histoire de la France, le pays qui l’a vue naître et qu’elle aime. D’ailleurs elle souhaite plus que tout acquérir la nationalité française mais va rencontrer quelques obstacles sur sa route à cause de … ses cheveux !

Je tiens à ajouter une chose qui ne figure pas dans l’article mais lors d’une projection avec a présence de la réalisatrice des gens lui ont posé la question « est-ce vous dans le film ? » alors qu’elle ne ressemble absolument pas à son actrice …je suis encore choquée!

Ouvrir la voix d’Amandine Gay

Ce documentaire qui sortira en salles à l’automne 2017, met en lumière des récits de femmes noires en France qui racontent leur quotidien, entre préjugés et lutte pour s’affirmer. L’affiche parle d’elle-même !

La Série insecure

Saison 1 épisode 1, dés les première minutes on voit la protagoniste devant une salle de classe qui se fait interpeller par une élève « c’est quoi cette coupe ? Mettez des extensions sauf si vous aimez votre coiffure (rires)- réponse d’une autre élève « ne soit pas impolie elle est africaine » (rires). Le ton est donné ! Insecure c’est l’histoire d’Issa Rae, une jeune femme avec des qualités et des défauts, une vie normale avec quelques touches de racisme ordinaire notamment dans son milieu professionnel.

Dans le même style on peut aussi parler de la série Chewing-gum de Micaela Coel,de nos chères prisonnières dans Orange is the New Black ou encore de Donald Glover dans la série Atlanta.

Dear White People

L’affiche du film sorti en 2014 représente la moitié d’un visage et un afro d’où une main tire une mèche de cheveu. Le titre du film parle de lui-même car ce sont des étudiants afro-américains qui s’adressent à leurs camarades blancs pour leur faire comprendre que le racisme et l’irrespect doit prendre fin. C’est aussi l’histoire d’une émancipation, de la connaissance de soi qui passe par la perception de l’autre. Dans la série sortie en 2017 la place du cheveu est importante et est un indicateur de l’évolution des personnages.

Et pour finir….

Les plus jeunes ne se souviendront peut-être pas des réactions des arrivées de Harry Roselmack et Sébastien Folin sur TF1. L’un sans cheveu et noir, l’autre métisse avec une chevelure abondante qui en ont fait parlé plus d’un !