Séries – HARTLEY CŒUR A VIF (1994) – SKINS (2007) – SEX EDUCATION (2018)

12 ans après sa sortie, j’ai décidé de revoir la série SKINS.

Visionnée il y’a maintenant dix ans, alors que j’étais moi-même à un moment crucial de ma vie de jeune femme. Cette série fut vraiment marquante pour moi mais aussi plusieurs amies car elle peignait un portrait de « la jeunesse » qui portait une liberté à laquelle nous aspirions, rêvions, idéalisions…. Fête, sexe, désinvolture, lâcher-prise …quelque chose avec un côté « glamour- accessible », mélancolique, joyeux, entrainant et tragique.

DIX ANS après, je l’ai reçue tout à fait différemment. (Est-ce que c’est ça mûrir ?) Je serai vraiment intéressée de voir ce qu’en pense des personnes de 16-18 ans.

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Et justement ! Ce qui m’a donné envie d’écrire dessus, c’est la série Netflix « SEX EDUCATION » . J’ai lu une multitude de commentaire sur les réseaux sociaux disant qu’il avait manqué ou qu’il manquait des séries abordant la sexualité des adolescents de cette façon et avec une représentation des minorités, dans le paysage des séries.

Alors je ne pouvais pas être totalement d’accord avec cette affirmation car oui cette série aborde frontalement et principalement la question de la sexualité mais en surface c’est une série qui aborde bien plus de choses mais par le prisme de la sexualité. On pourrait lister bien des séries faisant le chemin inverse plutôt, et mon premier souvenir de série mêlant les problématiques dites d’adolescents (dans le sens des premières expériences et confrontation à la vie adulte) c’était la série australienne HARTLEY CŒUR A VIF.

Cette série datant de 1994 et réalisée par Ben GANNON et Michael JENKINS, présentait la vie de lycéens, leurs histoire de cœur, la question cruciale voire essentielle de la virginité, la relation avec les adultes etc… ET POINT TRÈS IMPORTANT  c’est que contrairement à d’autres séries genre BEVERLY HILLS, il y’ avait dans HARTLEY des personnes aux origines diverses, représentées, visibles, et pas classées au rang de « companion pet » d’un personnage principal blanc.

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Dans mon souvenir j’avais beaucoup aimé SKINS, car c’est une série anglaise :

  • j’aime les séries anglaises peu importe le genre, car on y retrouve une texture différente des séries US (c’est pour cela que j’ai du mal à voir les adaptations…genre SHAMELESS), que j’appelle la E4 touch’ !
  • Une image plus franche, une esthétique à la fois crue et belle, de la musique variée mais surtout des personnages torturés et attachants (donc auxquels on s’identifie beaucoup mieux) !

En revoyant les deux premières saisons de SKINS, j’ai été quelque peu émue de réentendre ce générique si léger, qui rappelle le tintement des boites à musique, la douceur caractérisant l’enfance et la sortie de l’enfance. Au fil des épisodes, je n’arrêtais pas de me dire, tiens je ne me souviens pas de cette scène…oh tiens ni de celle-ci ! Cher.e.s gens, mon cerveau a dû effacer certaines choses en 10 ans car dans mes souvenirs ce n’était pas aussi… sombre!

En effet ce second visionnage fut beaucoup plus douloureux. Déjà je ne vais pas m’attarder sur le style vestimentaire ni coiffures de certains, rappelant le mouvement de la techtonik et des mèches casques de moto…*la mode c’est si beau et complexe * Mais shoutout éternel pour Cassie et son style IN-TEMP-O-RELLE. J’ai pu réaffirmer que le personnage de Jalander est toujours mon préféré. (ci-dessous un de mes passages préférés de la série).

Et je ne m’étais pas rendue compte d’une chose aussi, assez frappante :

TOUTES LES MAMANS des protagonistes,  portent leurs lots de malheurs, s’en vont où sont profondément meurtries. Et la cause principale vous me demandez ? Je n’ai qu’une seule réponse à fournir : MEN

ARE TRASH épisode 589454 saison 4058. No need to go futher.

Les familles sont toutes spécifiques et chamboulées pour une raison ou une autre.

En parlant de famille, dans SEX EDUCATION, on pense forcément à la mère d’Otis qui est ma foi assez castratrice mais on kiffe le chill  du personnage et la beauté de Gillian Anderson.

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MAIS surtout le père d’ERIC ! J’ai vraiment cru que ça allait partir en rejet +++, invoquer la religion pour le faire plier à des règles sordides…j’ai pleuré à chaudes larmes et c’est la seule chose que je vous dis pour ne pas spoiler.

Dans HARTLEY CŒUR A VIF, certains vivaient avec leurs parents (avec qui ils rencontraient inévitablement des problèmes hein)  mais la plupart se débrouillaient et vivotaient à gauche à droite, grâce à l’entraide de leurs amis et professeurs.

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Callan Mulvey plus connu sous le nom de Drazic qu’on retrouve dans la série POWER en 2018

On retrouve l’ambiance et le rôle plus ou moins marqué du Lycée dans ces trois séries et il n’y a que dans la plus récente où aucun élève n’a de relation amoureuse/sexuelle avec un enseignant…cela en dit long sur la mentalité des gens jusqu’il y a peu…certains pensent que c’est tout à fait normal encore aujourd’hui hein mais ça ne l’est pas, ça ne l’a jamais été.

Ces trois séries séparées par des décennies abordent des sujets qui se veulent intemporels tout en étant chacune assez différentes, de par les atmosphères singulières liées à l’époque.

Je vous conseille si vous le pouvez de voir un bout de chacune cependant je me dois de vous avertir que certains sujets abordés peuvent heurter votre sensibilité : anorexie, agressions physiques, drogue, alcool, mort…

Pour ma part je sais que j’avais trouvé les saisons 3 – 4 -5 – 6 de SKINS, qui font place à un nouveau casting, très dure à l’époque donc je ne pense pas les revoir, du moins, pas pour l’instant.

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Et vous alors, avez-vous vu SKINS, SEX EDUCATION ou HARTLEY CŒUR A VIF ? Qu’en avez-vous pensé ?

Le cheveu crépu sur nos écrans (pour le magazine Beauty radar – n°4- Août 2017)

 

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Films, séries, documentaires, clips, publicités…nous passons beaucoup de temps devant nos écrans, à suivre des programmes avec plus ou moins d’assiduité. Seulement il n’est pas difficile de constater qu’il y’ a très peu de diversité, notamment à la télévision, et donc peu de représentations où tout un chacun pourrait se reconnaître et s’identifier.

Depuis les débuts de la télévision et du cinéma, les minorités sont représentées à coup d’images clichés et la plupart du temps dans des rôles peu flatteurs, afin de souligner l’image du  héros joué par des protagonistes blancs.

Grâce à la multiplication des chaînes et la mise en place de médias par et pour les noirs, une culture télévisuelle noire apparaît, plus spécialement aux États-Unis, avec des programmes comme Soul train, les films de la blaxploitation, les talks et séries grand public auxquels de nombreux afro-américains peuvent s’identifier.

Petit tour d’horizon d’hier à aujourd’hui sur la présence des noirs et du cheveu afro sur nos écrans.

La Blaxploitation

Ces films commerciaux, objets de divertissement destinés aux noirs, apparaissent aux Etats-Unis dans les années 1970 sur fond de lutte pour les droits civiques. Bien que non politisés, les protagonistes de ces films portent pour la plupart fièrement leurs cheveux naturels comme symbole de fierté, de glamour et de pouvoir. Le protagoniste noir n’est plus le criminel, le domestique ou l’homme destiné à mourir mais bel et bien le héro. Alors même s’il n’y a aucune volonté de porter un message politique et que les films sont remplis de stéréotypes alimentant notamment la sexualité des femmes et hommes noirs, les héros sont associés au black power d’Angela Davis et des Black Panthers, car le cheveu crépu est visible.

Oprah Winfrey

Elle est définitivement une des figures les plus importantes de la télévision américaine : engagée pour la communauté afro-américaine et de nombreuses causes porteuses de messages de tolérance, la productrice, actrice et  animatrice TV,   fait partie du mouvement de l’émergence de médias pour les noirs tels que BET. Cependant elle n’était pas souvent apparue avec ses cheveux non lissés avant 2012 où on peut notamment la voire en couverture de son magazine The Oprah Magazine. Cette couverture a suscité de nombreuses réactions sur la véritable nature de ses cheveux…mais beaucoup salueront son geste à encourager chacun à être soi-même.

Good Hair de Chris Rock

Le comédien afro-américain Chris Rock a réalisé un film-documentaire intitulé « Goodhair » qui traite des rapports des afro-américaines avec leurs cheveux. Chris a décidé de mener ce projet lorsque sa fille Lola, âgée de 6 ans, lui a demandé pourquoi elle n’avait pas de beaux cheveux en faisant référence à sa chevelure crépue. Dans ce documentaire il s’entretient avec des célébrités afro-américaines comme Nia Long, Raven Symoné, Meagan Good, qui partagent leur expérience et de nombreuses anecdotes sur leur rapport à leur cheveux naturels ou pas mais aussi avec des vendeurs de cheveux synthétiques et naturels. Ce documentaire très complet est une référence en la matière sur le thème du capillaire.

Viola Davis est une actrice connue pour ses performances cinématographiques marquantes notamment dans « la couleur des sentiments » grâce auxquelles elle a été révélée au plus grand nombre notamment en France. Depuis 2014 elle campe le rôle d’Annalise Keating dans la série Murder produite par Shonda Rhimes (Grey’s Anatomy, Private practise, Scandal …) où on la voit à de nombreuses reprises retirer sa perruque à l’écran. Ce choix a été fait car il montre tout simplement le quotidien de nombreuses femmes. En dehors de ses rôles, l’actrice apparaît très souvent avec ses cheveux naturels lors des cérémonies de remises de prix où elle transmet à chaque fois avec ferveur un message d’amour de soi destiné aux femmes noires.

Il en est de même pour Lupita Nyong’o,  élue en 2014 la plus belle femme du monde, par le magazine américain People. L’actrice mexico-kenyane qui a longtemps souffert de sa couleur de peau, jugée trop foncée est aujourd’hui souvent citée comme ambassadrice de la beauté noire.

En France Inna Modja porte son afro naturellement et sans complexe car depuis petite elle a été entourée de femmes qui ne défrisaient pas leurs cheveux. Aïssa Maïga parle aussi de son amour pour le cheveu afro et de la possibilité de changer de coiffure comme bon nous semble en respectant sa nature. D’ailleurs les deux artistes se livrent sur leurs expériences dans l’ouvrage « Afro » de Rokhaya Diallo, sur leurs expériences de vie capillaire. L’auteur et journaliste a aussi fait le choix de porter ses cheveux naturels. Dans son ouvrage apparaît aussi Christiane Taubira, femme politique française qui a souvent cristallisé les pensées racistes d’une société française et qui porte fièrement et naturellement ses cheveux tressés. Lors de l’édition 2016 de la Natural Hair Academy elle évoque des « freins posés par des préjugés indélogeables » mais invite tout le monde à ne pas basculer d’un côté ou un autre de la méprise.

Le bleu blanc rouge de mes cheveux de Josza Anjembe

Ce court métrage légèrement autobiographique raconte l’histoire d’une jeune fille de 17 ans, d’origine camerounaise, qui se passionne pour l’histoire de la France, le pays qui l’a vue naître et qu’elle aime. D’ailleurs elle souhaite plus que tout acquérir la nationalité française mais va rencontrer quelques obstacles sur sa route à cause de … ses cheveux !

Je tiens à ajouter une chose qui ne figure pas dans l’article mais lors d’une projection avec a présence de la réalisatrice des gens lui ont posé la question « est-ce vous dans le film ? » alors qu’elle ne ressemble absolument pas à son actrice …je suis encore choquée!

Ouvrir la voix d’Amandine Gay

Ce documentaire qui sortira en salles à l’automne 2017, met en lumière des récits de femmes noires en France qui racontent leur quotidien, entre préjugés et lutte pour s’affirmer. L’affiche parle d’elle-même !

La Série insecure

Saison 1 épisode 1, dés les première minutes on voit la protagoniste devant une salle de classe qui se fait interpeller par une élève « c’est quoi cette coupe ? Mettez des extensions sauf si vous aimez votre coiffure (rires)- réponse d’une autre élève « ne soit pas impolie elle est africaine » (rires). Le ton est donné ! Insecure c’est l’histoire d’Issa Rae, une jeune femme avec des qualités et des défauts, une vie normale avec quelques touches de racisme ordinaire notamment dans son milieu professionnel.

Dans le même style on peut aussi parler de la série Chewing-gum de Micaela Coel,de nos chères prisonnières dans Orange is the New Black ou encore de Donald Glover dans la série Atlanta.

Dear White People

L’affiche du film sorti en 2014 représente la moitié d’un visage et un afro d’où une main tire une mèche de cheveu. Le titre du film parle de lui-même car ce sont des étudiants afro-américains qui s’adressent à leurs camarades blancs pour leur faire comprendre que le racisme et l’irrespect doit prendre fin. C’est aussi l’histoire d’une émancipation, de la connaissance de soi qui passe par la perception de l’autre. Dans la série sortie en 2017 la place du cheveu est importante et est un indicateur de l’évolution des personnages.

Et pour finir….

Les plus jeunes ne se souviendront peut-être pas des réactions des arrivées de Harry Roselmack et Sébastien Folin sur TF1. L’un sans cheveu et noir, l’autre métisse avec une chevelure abondante qui en ont fait parlé plus d’un !